R&D #1 : Jeux Olympiques Paris 2024, et si on n’était pas meilleurs que les autres ? (Partie 2/3)

Après avoir vu dans la première partie ce qui se cachait derrière la notion d’« Héritage » des Jeux, nous allons aujourd’hui examiner les versants écologiques et économiques de Paris 2024. Entre une semi-opération de green-washing et un événement ultra-risqué  pour les finances publiques, replongeons dans le monde magique de l’Olympisme !

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Ecologie : des promesses

Paris 2024 écoresponsables car ils privilégient les infrastructures existantes et temporaires.

Comme on l’a déjà vu dans la partie sur les infrastructures, le dossier était construit autour de peu d’infrastructures à construire, d’un nombre limité à rénover et de nombreuses déjà construites. A cela s’ajoute un mode de construction selon la méthode Haute Qualité Environnementale, censé être plus respectueux de l’environnement, et une concentration forte des lieux de compétitions afin de réduire l’empreinte carbone des athlètes et des spectateurs.

La candidature prévoit aussi une baisse de 25% des Gaz à Effet de Serre (par rapport à 2004, donc 25% en moins en 20 ans c’est quand même faisable), un « verdissement » de Paris (100ha de toitures végétalisées, 30ha d’espaces verts, 20 000 arbres plantés) et la promotion de modes de transport écologiques (Vélib’, Autolib’, Bélib).

Une fois n’est pas coutume cette partie environnementale est liée aux plans Climat et Energie du Grand Paris (qui auraient donc été mis en place de toute façon). Ces plans contiennent des mesures concernant la qualité de l’air (mesurée en indice de pollution) et la nouvelle répartition énergétique (77% de nucléaire, 18% de renouvelable, 5% d’autres énergies).

Voilà pour ce qui est des promesses des JO Paris 2024 qui se veulent être « une référence environnementale ». Oui mais…

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Source : CNEWS MATIN – Mercredi 11 octobre 2017

Les JO tablent sur une affluence touristique plus importante (rapport d’impact) mais oublient de dire que cet afflux touristique n’est pas pris en compte dans l’émission de GES.

L’énergie nucléaire devient une énergie durable dans les dossiers de candidature. On rappellera que la quantité d’uranium sur Terre est limitée, que le stockage des déchets nucléaires et radioactifs est une vraie problématique (Bure c’est pas un pique-nique, comme toutes les ZAD d’ailleurs) et que l’alternative Thorium, bien que la trouvant personnellement intéressante pour accompagner une transition complète, n’est encore qu’au stade théorique. De plus le projet de loi sur la transition énergétique prévoit la fermeture de 17 à 20 centrales nucléaires d’ici 2025 afin d’amener le nucléaire à 50% (au niveau national).

Enfin, comme dans toutes les opérations de greenwashing, on nous vend du « développement durable ». Antithèse. Je me permets de citer ici Franck Lepage « Tant que le développement est conçu comme accumulation, le développement durable dans un monde à ressources finies… » et vous laisse réfléchir.

Note : Toyota, partenaire du CIO (programme Top Olympic Partner) jusqu’à Paris 2024 fournira la totalité des véhicules officiels. La firme japonaise a souhaité mettre en avant les moteurs à hydrogène. Ne connaissant pas cette technologie je suis allé me renseigner sur le sujet et cette alternative me semble intéressante car elle ne rejette que de la vapeur d’eau. Plusieurs problèmes subsistent tout de même pour être une vraie alternative :

  • Pour l’instant Toyota semble produire ses modèles hydrogènes uniquement au Japon. Dans l’état actuel des choses la flotte dédiée aux JO devra donc être acheminée par porte-conteneur, moyen de transport émettant un nombre de particules fines très élevé, pas très écologique donc
  • Le mode de production du carburant influe beaucoup sur la nature écologique du moteur à hydrogène. S’il est créé avec une électricité renouvelable c’est bon, mais actuellement la production française est à 95% issue d’énergies fossiles avec un objectif de 50% d’ici 2020
  • La promotion de ce carburant devra être accompagné par la création de stations de recharge au moins en région parisienne. Affaire à suivre

Je suis partisan d’une transition écologique rapide mais pas radicale. Pour ce qui est des voitures, les initiatives sont là : les moteurs hydrogène que l’on vient de voir, les batteries lithium-ion promues par Tesla (dont le recyclage des batteries fait défaut) et enfin Volvo (par exemple) qui mets en place l’hybride de série (même si ce n’est pas aussi bien que prévu).

Pourquoi ne pas transformer le « Vous pouvez choisir la couleur que vous voulez à partir du moment que c’est du noir » (Henry Ford, ce grand humaniste) en « Vous pouvez choisir la voiture que vous voulez à partir du moment qu’elle ne roule qu’avec de l’électricité » ?

Des Jeux Olympiques rentables : mission impossible ?

La candidature, première étape

D’un point de vue financier cette candidature est une réussite. Le budget du Groupement d’Intérêt Public « Paris 2024 », financé à 50% par des fonds publics (si l’on excepte que certains partenaires « privés » appartiennent majoritairement à l’Etat), d’environ 60 millions d’euros était bénéficiaire d’environ 4 millions.

Paris 2024 a ainsi proposé au CIO le mouton à 5 pattes qu’il demandait : magnifique, peu coûteux, un budget raisonné et des recettes importantes. Et cela en accord avec la théorie de « La malédiction du vainqueur de l’enchère » de Wladimir Andreff. Le format « d’enchère » des Jeux Olympiques est la cause principale de la surenchère en termes d’infrastructures (sportives et non sportives), de cérémonies… Surenchère qui serait la cause du dépassement quasi-systématique (une seule exception) du budget prévisionnel des JO.

Cette seule exception c’est Los Angeles 1984. Rappelons que le CIO dispose d’un monopole sur l’organisation des Jeux Olympiques et qu’il s’en sert pour imposer ses conditions aux différentes candidatures, d’où le mouton à 5 pattes. Donc pour renverser le rapport de force il faut se retrouver en 1 contre 1 avec le CIO (pas de surenchère car pas d’enchères), comme Los Angeles 1984. Comme Los Angeles 2028.

Los Angeles 1984 avait pu négocier, au moment de sa candidature, la prise en charge par le CIO de tout dépassement budgétaire. Ce qui en fait la seule édition des JO n’ayant pas été déficitaire pour la ville organisatrice. Rebelote pour Los Angeles 2028. Ont déjà été négociés : une rallonge de 85 millions d’euros du financement du CIO et des conditions particulières sur les contrats de publicité.

Le financement, nous allons le voir, est une des parties qui font polémiques quant à l’organisation des Jeux Olympiques.

Sources de financement

Tout Jeux Olympiques, aussi peu chers qu’ils soient, possèdent trois sources de financement : une contribution du CIO, les revenus générés par le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (COJO) et de l’argent public (Etat, collectivités territoriales…). Dans le cas de Paris 2024, le budget prévisionnel est de 6.8 milliards d’euros. Qui se décompose comme suit (selon le dossier de candidature) :

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Alors ce qui m’a surpris c’est que lorsque j’ai fait le total, le miens atteignait environ €5mds. J’ai dû oublier un ou deux milliards d’euros quelque part… Toutefois, retenez bien que les montants varient à la baisse entre la 1re et la 3e phase, que le CIO jouit d’une certaine impunité (taxes, secret des affaires) et que l’Etat Français sera le seul à contribuer en cas de dépassement de budget.

Si l’on se réfère à la « Malédiction du vainqueur » il y a un risque de surestimation des recettes et de sous-estimation des coûts (i.e. du budget prévisionnel). Soit. Donc suivant cette théorie on peut se demander comment Paris 2024 pourra être autre chose qu’un gouffre financier. Pour rappel les BPs de Londres 2012 (€4.8mds) et Tokyo 2020 (€4.9mds) ont tous les deux étés dépassés : €11mds pour Londres et €13.2mds pour Tokyo (sachant que Tokyo 2020 est dans un peu moins de 3 ans).

On pourrait se dire que si les retombées économiques sont supérieures aux dépenses engagés, l’événement sera une réussite économique.

Les retombées économiques

Comme à chaque grand événement, les candidatures nous promettent deux choses : des créations d’emplois et des retombées économiques importantes. Se basant sur l’étude d’impact du CDES, Paris 2024 avance le chiffre de 247 000 emplois créés (3000 emplois ont disparus entre la phase 1 et 3) en omettant de préciser que la période d’étude est 2017-2034. Ce qui nous fait une création d’un peu moins de 15 000 emplois/an, dans trois secteurs : l’événementiel, la construction et le tourisme. Par ailleurs on peut s’avancer en disant que les emplois créés dépasseront rarement 2024. Les Jeux étant un projet, celui-ci comporte un début et une fin.

J’ai pris peur lorsque j’ai lu sur le rapport « forte d’une croissance économique positive ». Petite mise au point : la croissance c’est l’action d’augmenter, croître. On est donc en présence d’un oxymore (parce que récession est un terme négatif, on en revient à Orwell et 1984) : une croissance ne peut être que positive, n’en déplaise à une ancienne ministre de l’économie devenue présidente du FMI.

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Revenons à l’étude d’impact. Celle-ci met en place trois scénarios de retombées : bas (€5.7mds), central (€8.1mds) et à privilégier (€10.7mds). Ces scénarios cherchent à mesurer le surcroit d’activité lié aux Jeux dans la région Ile-de-France, sur la période 2017-2034. Ils sont basés sur un modèle keynésien : 1€ d’investissement public va, par effet de levier, générer des retombées économiques de (selon les scénarios du CDES) 1.1€/1.5€/2€. Il est à noter que ce rapport exclu les dépenses qui auraient été réalisées sans les JO, exit donc les surcoûts liés à l’accélération du Grand Paris (on en reparlera après).

Pour ce qui est des retombées économiques, concentrées entre 51 et 61% sur la seule année 2024 :

  • Organisation (49 à 54% du total, €2.871mds – €5.394mds) : retombées majoritairement issues de l’organisation des Jeux Olympiques (COJO)
  • Tourisme(27-35%, €1.436mds – €5.394mds) : majoritairement lié à la hausse de l’activité touristique au cours de l’année Olympique
  • Construction (€970m – €1.809mds) : la majorité de l’activité se concentrant avant les Jeux

Lors de la candidature l’intérêt économique est mis en avant afin de minimiser l’impact des coûts annoncés. Toujours est-il que plusieurs choses (me) posent problème. Tout d’abord rappelons que cette étude est une commande passée par le GIP « Paris 2024 » au CDES, le rapport peut donc faire l’objet de doutes sur son indépendance/objectivité. Imaginez si le rapport avait rendu des hypothèses peu flatteuses quant aux retombées économiques d’un tel événement.

Tout d’abord la période, 2017-2034, me semble très large surtout pour sa partie post JO d’une durée de 10 ans. Il faut sans doute être économiste pour comprendre comment un événement peu avoir un impact jusqu’à 10 ans après sa fin.

Partant de cette durée, le secteur du tourisme génère des revenus liés aux Jeux Olympiques avant et après les Jeux. On ne peut s’empêcher de se demander comment les Jeux peuvent avoir un impact touristique avant leur tenue ? Peut-être grâce aux touristes avançant leurs vacances à Paris afin d’échapper aux Jeux… Pour l’après-JO, l’étude met en avant un effet de levier qui est « à confirmer sur le long terme » suite à Londres 2012. Une hausse du tourisme par redynamisation de l’image et hausse du rayonnement de Paris. Mais Paris est déjà la 3e destination touristique au monde, la France la 1re et ce secteur est en croissance constante. A-t-elle réellement besoin de ces Jeux pour doper le tourisme ? A priori non.

Pour le secteur de la construction, la majorité des retombées auront lieu avant les Jeux grâce à la construction/rénovation des infrastructures sportives (ex : Piscine Olympique) et non sportives (ex : Village Olympique). Pour le pendant on peut penser à la mise en place des infrastructures temporaires et à leur démontage. Pour l’après ce sera sans doute la reconversion des lieux (Village Olympique et Village Média) qui générera des revenus. Mais pendant 10 ans ? Là encore la période des retombées post JO semble très (trop) longue.

Je terminerai sur le « scénario à privilégier ». Celui-ci est atteignable « à la condition de minimiser les fuites hors-circuit (importations, prestations externes ». Cette condition semble, étant donné les pratiques actuelles sur les marchés-cibles, difficile à tenir.

Conclusion : les retombées économiques sont sans doute surestimées par rapport à ce que seront les Jeux. Mais il ne faut pas oublier que ces retombées sont à mettre en regard avec l’investissement initial, et le potentiel dépassement budgétaire.

Dépassement budgétaire

Parce qu’il y a déjà dépassement budgétaire… Sauf que ce dépassement est exclu de l’impact JO par un habile jeu de langage « exclue les dépenses qui auraient été réalisées sans les JO ». Baptisé Grand Paris Express (Grand Paris dont la date de livraison est avancée à 2024 au lieu de 2030, soit 6 ans d’avance), ce plan a déjà vu son budget augmenter de €13mds passant de €22mds pour une livraison en 2030 à €35mds pour une livraison en 2024. Avancer une date de livraison génère malheureusement des coûts supplémentaires. Surtout quand certains projets tels que le CDG Express incluent dans leur plan de financement l’afflux de touristes pour Paris 2024 et doivent donc être livrés un an à l’avance.

Les autres causes principales de dépassement budgétaire sont les retards de construction sur les infrastructures (date butoir fixée et aucun retard n’est toléré, donc on paye plus cher pour rattraper le retard) et la sous-estimation du coût des infrastructures. Sport quasi-Olympique lié au système de (sur)enchère et aux coûts cachés/ignorés par le CIO.

Voici quelques indicateurs de dépassement budgétaires d’après une étude de Wladimir Andreff :

  • Un dépassement annoncé du BP avant/pendant/après les JO
  • Une révision du projet (ex : construction d’une infrastructure qui n’était pas prévue à la base)
  • Des retards dans la livraison des infrastructures
  • L’obtention de rallonges sur fonds publics
  • Le niveau de déficit budgétaire/de dette accumulée par la ville/le pays hôte
  • Un nombre de visiteurs attendus inférieur aux projections

Mais pourquoi est-il si important de prêter attention à ce niveau de dépassement budgétaire ? Parce que nous allons payer le dépassement ! Enfin payer de manière indirecte (taxes, impôts particuliers, etc.) parce que je le rappelle « tout dépassement budgétaire est à la charge de la ville hôte ». Je rappelle aussi que le CIO et ses partenaires ne paieront ni taxes ni impôts durant les Jeux… De là à dire que les JO ne sont rentables que pour le CIO il n’y a qu’un pas.

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Dans un contexte de désengagement généralisé de l’Etat (services publics, aides sociales, etc.) et de politiques de rigueur budgétaire on peut se demander ce qui pousse l’Etat et un Groupement d’Intérêt Public (!) à se lancer dans un projet dont on sait qu’il a peu de chances d’être rentable pour les finances publiques.

Peser le pour et le contre

Petit recueil des arguments pros et contre les JO (toujours d’après Wladimir Andreff) :

Pour :

  • Génère de la croissance (théorie Keynésienne, l’argent public investi dans l’économie sert de levier pour la création de valeur ajoutée)
  • Génère des externalités positives (infrastructures de transport, nouveaux logements, infrastructures sportives à la disposition des habitants)
  • Des infrastructures livrées à temps (même si les coûts doivent exploser en cas de retard de travaux)
  • Un dépassement tolérable s’il est à la hauteur de l’inflation (dépassement de l’ordre 20 à 30%) mais qui doit être pris en compte dans le BP
  • Des Jeux qui ne coûteraient rien aux contribuables car financés par des fonds privés uniquement
  • Attire des touristes
  • Des habitants d’accord pour payer et accueillir les JO avant l’attribution de ceux-ci

Contre :

  • Génère des externalités négatives (pollution, engorgement, hausse des prix de l’immobilier…)
  • Jeux qui apportent peu réellement à l’économie de la ville (effet de substitution = les JO sont un loisir comme un autre, l’argent aurait été dépensé de toute façon, effet d’éviction = pas de vacances à Paris à cause des Jeux)
  • Dépassement systématique des coûts
  • A quoi aurait pu servir cet argent ? Hôpitaux, écoles…
  • La population n’est pas réellement consultée

Cette application de la théorie keynésienne (modèle économique de Jean-Luc Mélenchon lors de sa candidature à la présidence en 2017) peut prêter à sourire tant elle est l’exacte opposée de ce qui est actuellement promu par l’UE. Les Jeux sont donc financés par des fonds publics (à cause des dépassements) et des JO financés à 100% par le privé seraient un tour de force commercial. A ce titre il est dommage que les études d’impact ne prévoient pas de scénario « catastrophe », ni que les candidatures ne budgètent un fond de secours (ce qui serait avouer que le risque de dépassement budgétaire est réel).

Pour l’aspect touristique l’étude du CDES a déjà pris en compte l’effet d’éviction et table sur des touristes sportifs dont le panier moyen est supérieur à ceux des touristes lambda.

Conclusion

La partie écologie de Paris 2024 est mitigée. De réelles initiatives écologiques et une envie d’avancer (qui pourrait être plus poussée il est vrai) arrivent à émerger de promesses et concepts un peu flous. Une fois de plus le Grand Paris est à mis à contribution. Ce même grand Paris qu’on retrouve dans la partie économique. Retiré des estimations économiques (car déjà prévu hors JO) il n’en demeure pas mois ma plus grande source d’inquiétude pour les finances publiques dans le cadre d’un dépassement de budget des Jeux… Ou du Grand Paris lui même.

Dans la dernière partie nous terminerons par le rapport qu’entretient Paris 2024 avec la politique et la démocratie. Je livrerai aussi mon ressenti sur les Jeux Olympiques et des propositions qui pourraient renforcer à la fois les villes hôtes mais aussi le CIO.

N’hésitez pas à commenter ou à m’envoyer un message. Les sources sont très nombreuses sur le sujet et j’ai sans doute raté des éléments importants pour l’analyser.

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