R&D #1 : Jeux Olympiques Paris 2024, et si on n’était pas meilleurs que les autres ? (Partie 3/3)

Dans les deux premières parties nous avions vu les promesses d’un « Héritage » des Jeux, un programme écologique par moment intéressant et bien sur une partie sur l’économie des Jeux et de leur (très probable) dépassement budgétaire à la charge des contribuables français. Place désormais à la politique et la démocratie, abonnés absents des JO, et à mon avis personnel sur les JO.

Politique et démocratie : le verrou Olympique

« Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage »

Si l’on s’en tenait à cette définition de Paul Ricoeur, les Jeux Olympique seraient un événement totalitaire. Pourquoi ? Quelques éléments de réponses en dessous.

Le premier dossier de candidature parle d’un « soutien total ». Ce soutien total, qui disparait dans le troisième dossier, se base sur 4 facteurs :

  • Le soutien du Gouvernement Hollande (et Macron après son élection)
  • Un sondage montrant que 70% des français étaient pour les JO
  • L’absence d’opposition
  • Pas d’obligation de référendum, ni de nécessité de le faire

Je ne commenterai pas le soutien par les différents gouvernements. Pour ce qui des sondages un problème majeur se pose : les commanditaires desdits sondages sont en conflit d’intérêt manifeste (ex : MKTG est un futur prestataire de Paris 2024, le GIP Paris 2024 est amené à devenir le COJO 2024). Un autre problème à mes yeux est l’échantillon, national alors qu’un échantillon francilien (ceux qui seront le plus impactés par les Jeux) aurait été plus pertinent. Un autre sondage montrant que ces 70% au niveau national s’écroulait à 58% au niveau de l’IDF (contre 80% en 2000 pour les JO de 2008, signe manifeste d’une prise de conscience de la réalité des Jeux).

En parlant de sondage, celui du JDD montrait encore que 72% des parisiens étaient pour une consultation publique par référendum. Super ! Puisque dans le même temps la maire de Paris, Anne Hidalgo, annonçait une consultation publique au cours d’un entretien avec Le Parisien. Mais comme Anne Hidalgo est aussi douée pour jouer la surprise lors d’un concours où elle est la seule participante que pour tenir ses promesses, la consultation est passée à l’as. N’oublions pas que de très réticente au projet, elle en devenue sa 1re supportrice.

Hidalgo x Surprise

Niveau Powerpoint/20

Je me permets d’émettre le soupçon que chez Paris 2024 on a eu un petit peu peur de la réponse. Surtout après que la ville de Hambourg ait abandonné sa candidature suite à un référendum (Non à 52%). Mais que voulez-vous ? A force de répéter que ces Jeux étaient « partagés par tous » on finit par croire que cette opinion est celle de tout le monde … De ce point de vue l’alignement entre le discours officiel et le discours médiatique m’a finalement donné envie de lire les ouvrages suivants : L’opinion ça se travaille et La Fabrication du consentement (je mets Amazon parce que c’est plus simple mais s’il vous plait allez dans une librairie).

Reste l’absence d’opposition. Il est vrai qu’assez peu de voix on réussit à se faire entendre contre les JO tant le contexte était chargé de sujets autrement plus importants (attentats et dérives sécuritaires/autoritaires, loi travail et dérives sécuritaires/autoritaires, crise des migrants et dérives sécuritaires/autoritaires, élections présidentielles, etc.).

En tout cas une contestation s’est belle et bien formée via le collectif « Non aux JO 2024 à Paris » qui s’est même fendu d’une tribune dans le journal Libération. Le fait qu’elle n’ait pas été prise en compte rajoute à ce totalitarisme qui a totalement interdit tout débat public et muselé les voix dissonantes. Être contre Paris 2024 c’était un peu comme ne pas être Charlie le 11 janvier… Croyez-moi. Je suis contre Paris 2024 dans une école spécialisée dans le sport.

On peut se demander si en plus du contexte médiatique, l’absence de refus massif ne serait pas un signe de désintérêt de la part de la population par rapport à la candidature ? En effet, les Jeux sont joués depuis juillet dernier, suite à une hécatombe de candidatures. Hambourg, Boston, Rome et Budapest s’étaient tour à tour retirés et ne restaient plus que Paris et Los Angeles pour l’attribution des JO 2024 et 2028. Les doutes (avérés) sur les réels bénéfices des grands événements et les opinions publiques sensibles aux dépenses excessives dans une situation où les Etats prônent l’austérité budgétaire auraient dû avoir une place plus importante dans le processus décisionnel de la candidature.

Paris 2024 vainqueur par forfait.

Mon avis sur les Jeux Olympiques

Les Jeux Olympiques

Personnellement je ne compte plus les souvenirs que j’ai des Jeux Olympiques. Avec ma famille autour de la télévision, de très tôt le matin jusqu’à tard dans la nuit, à encourager les exploits de ces sportifs qui sacrifiaient beaucoup pour être prêts pour le pinacle de leur carrière.

Hicham El Guerrouj à Athènes 2004, les Experts à Beijing 2008, l’or de Riner à Londres 2012, la course aux médailles de Michael Phelps à Rio 2016…. Ce serait aussi oublier tous les autres. Stars et anonymes qui se côtoyaient pour cette grande fête du sport que sont les JO.

Le rêve. C’est sans doute ce qui caractérise le mieux les Jeux. Bien sur cet événement charrie de nombreuses valeurs positives, notamment le « Citius, Altius, Fortius » (« plus vite, plus haut plus fort ») et « l’important c’est de participer ».

Malgré le ton polémique que j’ai volontairement pris (à raison selon moi) je suis pour ce genre de rassemblement sportif. Je trouve par contre qu’y ajouter une composante culturelle et artistique, ce vers quoi la candidature de Budapest 2024 semblait vouloir se diriger, rajouterai quelque chose de plus à cet événement.

Le problème que j’ai avec cet événement, maintenant que j’ai grandi et que je ne regarde plus les Jeux avec innocence, c’est qu’il met en place une façade magnifique et tend à occulter sur tout ce qu’il implique à côté.

Du pain et des jeux

Parce que finalement, les Jeux Olympiques, ce n’est que l’équivalent moderne des Jeux du Cirque à Rome.

Tout est fait pour faire plaisir aux athlètes et aux spectateurs (et au CIO et ses partenaires mais j’en ai déjà parlé). Une cérémonie d’ouverture grandiose, des infrastructures sportives splendides, des records battus… Mais derrière les paillettes la réalité n’est pas celle qu’on dépeint.

Les candidatures se font par un modèle proche de l’enchère. Tout le monde essaye de remporter l’enchère en « misant » le plus possible. Mais ici la mise se fait à coup de milliards d’euros venus de la poche des contribuables. Pendant ce temps-là le CIO amasse les milliards en récoltant le fruit du travail et de l’investissement d’autres acteurs.

Certes le CIO donne une enveloppe à la ville organisatrice. Certes le secteur privé est mis à contribution. Mais tout dépassement (systématique) est pris en charge par le secteur public qui, lui, mets déjà la main au portefeuille. Le secteur public c’est nous qui le finançons. Le CIO touche lui des milliards en contrat de sponsoring et en droits TV. Dans le même temps lui et ses partenaires profitent de conditions fiscales avantageuses.

Alors, savoir ça et se prendre des politiques d’austérité et un retrait de l’Etat à tous les niveaux (Protections sociales, services publics), ça passe difficilement… Mais pourquoi personne ne s’attaque à la situation de monopole du CIO ? Cela serait logique à l’heure de « la concurrence libre et non faussée ». Et pourquoi les pays candidatent si les investissements dépassent les retombées ?

Ça doit être une question de prestige.

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Certaines installations Olympiques récentes sont dans le même état…

Qu’est-ce que je propose ?

Il semble qu’il soit temps pour le CIO de faire son aggiornamento.

Le nombre de candidatures est en baisse. La double attribution a été une solution de repli pour le CIO. Boston, Hambourg, Rome, Budapest ont tous abandonné pour deux raisons : l’argent public et l’opposition populaire. Seuls Paris et Los Angeles sont restés à la fin et se sont retrouvés en grande pompe à Lima pour célébrer leur victoire par forfait.

Désormais rares sont les villes à vouloir (pouvoir) accueillir les Jeux dans leur modèle actuel.

Il est temps pour les villes/états de se concerter afin de faire pression sur le CIO afin d’arriver à un modèle viable pour les deux entités. Cela pourrait d’abord se faire par la modification du modèle économique même des Jeux :

  • Augmentation de la dotation du CIO à hauteur de 50% du budget réel
  • Prise en charge des dépassements de budget par le CIO
  • Assouplissement des conditions des contrats de partenariats
  • Fin des avantages fiscaux accordés au CIO ainsi qu’à ses sponsors OU conditionnement de ces avantages à l’adoption d’une ou plusieurs des trois propositions précédentes

L’idée est d’obliger le CIO à mieux contrôler les candidatures, en particulier la partie financière pour une meilleure évaluation des dépenses et des retombées économiques. Avec ses propres fonds investis dans les JO, le CIO serait plus attentif aux réalités des candidatures (pour rappel le CIO c’est $5.7mds de revenus sur la période 2013-2016).

Mais comment briser ce monopole et obliger le CIO à accepter certaines de ces modifications ? A mon sens, la structure la plus « emblématique » et à même d’apporter des valeurs semblables à l’Olympisme serait les Nations Unies. Imaginez simplement un boycott des Jeux (ou des candidatures) par les seuls pays au Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France) qui partiraient aux Championnat des Nations Unies ? Dans tous les cas le boycott et la concertation entre villes candidates sont les seules possibilités de renverser ce rapport de force largement à l’avantage du CIO.

Un autre type d’accord Etat/CIO pourrait être que, en contrepartie de la prise en charge (totale ou partielle) des coûts d’organisation par le CIO, l’Etat s’engage à investir une certaine somme dans des politiques sociales, de promotion du sport et d’écologie. Une manière de promouvoir les valeurs de l’Olympisme tout en rendant l’organisation des Jeux plus vertueuse.

Bien sûr cela permettra aux Etats de mettre le CIO à contribution en cas de frais liés aux Jeux, comme l’avancement d’un projet de plusieurs années par exemple…

Une autre manière de prendre le problème serait de modifier les conditions d’attribution des Jeux Olympiques. Je vois ça de deux manières :

  • Une attribution de plusieurs éditions des Jeux à une seule ville
  • Le retour à une ville unique d’accueil des JO (aux alentours d’Olympie pourquoi pas)

L’idée d’une attribution de plusieurs (ou de la totalité) éditions à une seule ville a pour seul objectif de permettre aux villes hôtes de rentabiliser les nouvelles structures et d’amortir les investissements à coup (quasi) sur. Un risque néanmoins est d’amener une surenchère à la surenchère. En effet, avec plusieurs éditons remise à une seule ville, le risque est fort dans le sens où il faudra encore plus « tout donner » pour ne pas rater « ses Jeux ».

En parlant d’attribution des Jeux, un préalable à tout dépôt de candidature devrait être la réalisation d’un référendum au niveau de la ville hôte. Cela éviterait des candidatures non voulues par les populations concernées. Une manière de remettre un peu de démocratie dans ce processus éminemment politique (au sens de la gestion des affaires de la cité) qu’est l’accueil de Jeux Olympiques.

Conclusion

Fin de mes recherches sur les Jeux Olympiques et Paris 2024. Ce travail m’a pris 3 à 4 semaines plutôt intenses à cause du volume d’informations à ingurgiter et à restituer de manière structurée ensuite. On a vu aujourd’hui, par l’intermédiaire de Paris 2024, que les candidatures avaient tendances à avancer comme des bulldozers en ignorant toute opposition (au contraire de Boston et Hambourg qui se sont retirés à cause de ça).

Les Jeux Olympiques restent une très belle compétition, que je souhaiterai voir perdurer dans le temps, chargée d’affects joyeux et de valeurs positives. Mais le CIO devrait s’adapter à la nouvelle donne économique qui a été instaurée et soutenir de manière plus importante les villes hôtes.

N’hésitez pas à commenter ou à m’envoyer un message. Les sources sont très nombreuses sur le sujet et j’ai sans doute raté des éléments importants pour l’analyser.

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