R&D #2 : étudiants, habillez-vous !

L’idée de cet article m’est venu après une discussion avec un professionnel qui prenait en charge des étudiants en bénévolat. La manière de s’habiller pour les missions confiées était extrêmement variable et s’avérait pénalisante pour l’image des étudiants (et des écoles) auprès des professionnels. Comment remédier à cet aspect tout sauf anodin du monde professionnel ? C’est ce à quoi j’ai essayé de répondre ici.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

source Pexels

Mise en contexte : qu’est-ce que c’est « bien s’habiller » ?

« Bien s’habiller » est une notion qui revêt beaucoup de subjectivité. Afin d’éviter toute erreur de compréhension, je vais ici tenter de définir ce qui, ici, sera « bien s’habiller ».

Comme annoncé dans l’introduction, ce R&D va parler de la manière de s’habiller dans un cadre professionnel (et considéré acceptable dans ce cadre). On parle donc d’un cadre défini, d’autant plus qu’il va s’appliquer à des étudiants, qu’ils soient à l’école, en entreprise ou sur des missions de bénévolat. Pour autant il ne s’adresse pas à tous les étudiants (étudiants ici au sens de personnes qui effectuent des études supérieures) mais aux étudiants qui se destinent à des métiers dans le secteur tertiaire et dont l’habillement professionnel ne sera pas (trop) contraint par un uniforme (ex : Decathlon).

La remarque que j’entends souvent est que les étudiants, quels que soient leur niveau d’étude, n’ont pas une manière de s’habiller adaptée au contexte professionnel dans lequel ils sont plongés (que ce soit un stage, CDD, CDI, etc.). La cause principale est, pour moi, qu’ils ne possèdent pas les codes nécessaires pour comprendre pourquoi et comment bien s’habiller, et cela joue en leur défaveur.

Je vais tenter ici de faire ressortir les codes principaux, pourquoi les connaître et comment les utiliser.

Pourquoi est-ce qu’il faut « bien s’habiller » ?

Soyons clairs : l’habit fait le moine. Inconsciemment au moins. En effet nous jugeons les individus que nous rencontrons en moins d’une seconde. Passé ce premier examen il devient très difficile de nous faire changer d’avis. D’où l’importance de la première impression.

Mais que juge t-on en fait dans les vêtements ? Tout d’abord, quand nous jugeons les individus en fonction de leur manière de s’habiller. A certains types de vêtements, d’accessoires, de couleurs, de matières, nous attribuons (entres autres) : appartenance sociale, caractère/personnalité, profession/secteur de métier. Une veste sombre dégagera une impression d’importance, de pouvoir. Idem pour une chemise blanche (Voir ci-dessous avec la chaîne Horizon Gull qui parle de psychologie, dont certains épisodes peuvent aider à se construire une culture marketing ET à développer une pensée critique sur ces métiers).

Mais comment ? Nous fonctionnons dans ce cas via des stéréotypes. Ces stéréotypes influent sur la représentation (représentation qui nous est commune) que nous nous faisons sur la manière de s’habiller pour un poste, un secteur de métiers, etc. Les stéréotypes, qui sont donc une construction, sont tellement ancrés dans notre inconscient collectif qu’il est quasiment impossible de s’en défaire.

A ceux qui pensent que ça ne fonctionne pas sur eux : félicitations ! Mais n’oubliez pas que :

« Les hommes se trompent quand ils se croient libres ; cette opinion consiste en cela seul qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent » – Baruch Spinoza

Ce point de vue s’appelle du déterminisme (petite vidéo sur le sujet ici). Le déterminisme pose une question, problématique étant donné le courant de pensée dominant : quelle place pour le libre arbitre si nous sommes influencés par un inconscient collectif ?

En effet qui dit stéréotypes dit pression des pairs pour qui ne respecte pas la norme. Il est donc d’autant plus compliqué de faire appel à un semblant de libre arbitre si notre environnement (lui qui nous détermine) ne nous le permet pas. Toutefois, et nous le verrons après, la connaissance des stéréotypes/codes/conventions du milieu professionnel va s’avérer utile pour éviter de se retrouver dans une « mauvaise » situation.

Bien s’habiller quand l’on n’appartient pas au milieu social dominant serait donc faire preuve d’intelligence sociale. Comprendre dans quel environnement professionnel on se situe et quels en sont les codes est primordial. Mais, si l’on part du postulat qu’il y aura forcément un décalage entre notre façon de s’habiller et celle admise au niveau professionnel, le problème ne se situe donc pas tant au niveau de l’intelligence mais plutôt au niveau de notre culture (d’où la partie sur la culture sartoriale plus bas). La manière de s’habiller pouvant relever de la violence symbolique, il est conseillé de créer de l’habitude avec celle-ci et donc de porter les vêtements plusieurs fois avant de se sentir bien dedans.

A l’ère où l’individu est conçu comme seul et unique maître de ses actes, le style vestimentaire (casual et professionnel) nous permets de nous projeter notre style/personne idéale, celle à laquelle on souhaiterait ressembler. Ici s’habiller est donc une expression de notre personnalité. Là où cette remarque est juste c’est que notre manière de s’habiller à un impact sur notre personnalité.

Si bien s’habiller est une forme de respect, pour soi d’abord et pour les autres ensuite, elle agit sur notre comportement et notre confiance en soi (source ici). Par exemple quelqu’un habillé de manière formelle utilisera, de manière inconsciente, un vocabulaire plus formel (et inversement). En conclusion : s’habiller mieux permets de mieux s’exprimer.

Par ailleurs, d’après la même source, des études ont montré un lien entre les vêtements que l’on porte et des capacités cognitives associées. Mes connaissances sont lacunaires en psychologie mais n’est-ce pas là une occasion de se créer des associations personnelles avec certains vêtements ? En faire des activateurs de réussite/performance par exemple ? Il suffirait de créer sa propre symbolique par rapport à tel ou tel vêtement afin d’activer l’effet souhaité… A creuser.

Comment « bien s’habiller »

J’ai précédemment parlé de l’impact de notre milieu social dans notre manière de s’habiller. En effet, à l’instar de l’art, l’habillement est une composante culturelle. Encore faut-il avoir accès à celle-ci (dans sa version professionnelle). Pour se cultiver il n’y a pas beaucoup de moyens : lire (les blogs sur le sujet sont nombreux) et regarder (dans la rue, à la TV, sur YouTube, Pinterest, les blogs).

Note : à ceux qui pensent que la situation n’est pas si mauvaise, j’ai de nombreux exemples de tenues non-professionnelles (jeans troués, maillots de foot, etc.) portées dans les écoles (ça part de là) et en stage/emploi.

Le style dominant actuel dans le monde professionnel est qualifié de « casual chic ». Jean/Chino, chemise, baskets/souliers peu formels voilà pour les basiques… Ce style s’est répandu via les cultures d’entreprise, notamment celle du dressing down qui a entraîné le recul du costume en entreprise.  Mais comment se démarquer/exprimer sa personnalité quand cette manière de s’habiller deviens un uniforme ? Effectivement cela va être compliqué, mais pas impossible.

Startup Stock Photo

source Pexels

Les bases vont une fois encore être importantes : porter des vêtements de qualité, à la bonne taille (faire des retouches si besoin) et bien coupés (selon votre morphologie). En maîtrisant les bases on peut se permettre dans un deuxième temps de se permettre des choses plus élaborées, et donc de s’exprimer. Les premières choses à se sortir de la tête sont mettre le confort avant l’élégance (les deux doivent aller ensembles), confondre style (intemporel) et mode (passagère par essence), confondre qualité et prix élevé.

Dans un second temps je recommanderai d’aller se renseigner sur ce qui s’appelle la culture sartoriale. Ce terme, italien et sans équivalent français, désigne ce qui se rapporte à l’élégance masculine classique. La démarche, presque philosophique, qui se rapporte à cette culture permet de saisir des codes rentrés dans le monde professionnel et d’aller contre des a priori.

Reportage vidéo sur le Pitti Uomo, salon de mode masculine, où ce style est majoritaire :

Qui dit élégance masculine traditionnelle dit costume. On ne parlera pas ici de son Némésis le costard-cravate mais bien du costume. Considéré conformiste, pas confortable et cher il devient de plus en plus rare dans le monde professionnel (hormis les professions où il est resté dans l’inconscient collectif). Mais, grâce à l’expansion du marché de la mode masculine, vous pouvez désormais acquérir un costume « solide » entre 300 et 500€. Je reconnais qu’il s’agit d’une somme importante pour un étudiant lambda, j’ai moi-même économisé plusieurs mois avant de m’en acheter un, mais ça en vaut le coup.

D’ailleurs, quand s’habiller de manière volontairement relâchée deviens la norme, s’habiller de manière soutenue permets d’exprimer sa personnalité de manière plus puissante. Il faudra toutefois faire face à des réflexions venues des chiens de garde du dressing down, qui perpétuent la pression des pairs en entreprise.

L’éducation sartoriale vise à faire prendre conscience que l’élégance, le style, n’a strictement rien à voir avec l’accumulation de marques ou de vêtements chers. Elle met l’emphase sur le fait que le vêtement ne doit pas être cantonné à l’expression d’une réussite sociale ou d’un impératif professionnel mais bien au rang de plaisir. Donc voir l’habit comme un choix et non pas comme une contrainte.

A son contact vous apprendrez (si vous ne le saviez pas déjà) qu’un costume bien coupé et adapté à votre morphologie peut tout changer. Du regard que vous avez sur vous-même et du regard que porterons les autres sur vous. Cette culture m’a permis de comprendre pourquoi le costume noir n’est pas une bonne idée (trop formel, adapté aux cocktails ou aux funérailles, sans nuances, etc.) et que (en plus de ce que j’ai dit sur les couleurs au dessus) le bleu et le gris (foncés) étaient préférables pour allier style et message à faire passer. Je rajouterai aussi « une belle chemise blanche est ce qui fait la différence entre un garçon et un homme ».

Le but de cette appropriation de culture n’est pas uniquement de comprendre les codes liés à la manière de s’habiller jugée professionnelle, ni même à l’apprentissage des bases. Le but est aussi de comprendre que la qualité à un prix et que l’achat d’un vêtement est un investissement.

Du rôle des écoles dans ce domaine

Parce que oui les écoles ont un rôle à jouer dans cet accès à la connaissance des codes vestimentaires professionnels. Si une grande majorité d’entre-elles n’en ont pas besoin, étant donné que ces codes sont déjà intégrés par leurs élèves du fait de leur origine sociale (commune), certaines écoles accueillant des étudiants d’origines plus diverses devraient faire ce travail.

pexels-photo-267885

Source : Pexels

A l’instar de ce qui se fait dans les lycées professionnels, des journées « tenue professionnelle » pourraient être mises en place. Pourquoi pas imaginer une partie habillement professionnel en complément de celles sur la rédaction d’un CV et de lettres de motivations ?

Un autre volet pourrait être sous la forme d’une aide aux étudiants dans l’achat d’un premier costume (avec ou sans la chemise et les souliers d’ailleurs). Etant donné le volume d’étudiants que les écoles accueillent chaque année, une commande de groupe auprès de marques reconnues du prêt à porter permettraient de rendre beaucoup plus accessible l’accès ai costume. Pourquoi pas intégrer cela au prix de l’école ?

Après tout les étudiants font partie de l’image de marque des écoles…

Conclusion

Le code vestimentaire des étudiants et celui admis dans le monde professionnel sont parfois très éloignés, ce qui pose parfois problème lors des expériences professionnelles des étudiants. L’apprentissage de ce qui est admis professionnellement devrait un être obligé mais les étudiants sont considérés comme maîtrisant déjà ces codes, ce qui n’est pas toujours le cas. La connaissance des bases vestimentaires professionnelles est le premier pas qui permettra d’éviter les impairs et de pouvoir envisager d’y prendre plaisir par la suite.

Quelques liens utiles :

Apprendre les bases et plus : https://www.bonnegueule.fr/

Education sartoriale : https://parisiangentleman.fr/

Aide à l’accès au monde professionnel : http://decrochetonjob.fr/

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s