REC. #2 : Philadelphia Eagles – One Game Is All We Need

Deuxième épisode de cette série, avec un passage par le monde des sports US. Je suis un complet néophyte quand au football américain, les Eagles ont pourtant une place dans ma mémoire au travers du film Invicible qui parle de ce club et d’une de ses success story dans les 70’s. C’est sans doute la raison pour laquelle la vidéo qui suit m’a attirée :

La vidéo commence dans des bruits d’un train qui s’arrête et avec des images aériennes de la mairie de Philadelphie. Des supporters crient « Eagles » tandis que le n°27, Malcolm Jenkins, passe dans un tunnel avec en fond un « mémorial » du club avec des photos d’archives.

En fond vient se mêler aux cris des supporters un discours de motivation du même Jenkins « Again they told you what you can do! What you can be! (…) ever be the same now! So let’s go!… the right to be right here! To be right here! » sur des images montrant la partition de la Eagles Victory Song de 1960 sous verre, des images du tunnel, du coach faisant un pouce en l’air avant de revenir au speech pré-match.

On passe alors à une musique très lourde et urbaine sur une scène défensive et un enfant qui étend les « ailes » de son sweat des Eagles.

Pour faire un peu de contexte (promis c’est la partie la plus lourde) :

Philadelphie est l’un des berceaux de l’indépendance des Etats-Unis, une ancienne ville industrielle surpuissante qui a connu une grosse crise dans les années 60-90 (c’est ce que l’on peut voir notamment dans Rocky, à voir).

Le club de football américain a lui l’air (pour un total étranger au football américain) d’un club solide, avec de nombreuses participations à des play-offs mais peu de titres de champions de MLS. Il apparait que le club a eu et garde toujours une implication assez forte dans la vie de la communauté (et que les supporters se sentent « propriétaires » du club, un peu comme ceux de l’Olympique de Marseille). Leur symbole, l’aigle, viens du Blue Eagle présent sur le Recovery’s Act de Roosevelt (une des parties du New Deal).

La vidéo est sortie le jour du Super Bowl LII où les Eagles étaient opposés aux New England Patriots (le Real Madrid ?) de Tom Brady (Cristiano Ronaldo). Superbowl remporté par Philadelphie, avec notamment leur quarterback Nick Foles MVP du match.

Pour revenir à la vidéo :

On est dans les classiques du sport spectacle « à l’américaine » (je reviendrai là-dessus plus tard) : glorification du passé via des documents d’archive, théâtralisation du match, fan-experience

Les discours de motivation sont un des passages obligés, sur le modèle du leader/homme providentiel donnant un dernier discours avant l’ultime bataille (au moins vieux comme Henri V), chose qui ajoute à la théâtralisation et avec cette volonté très américaine (capitaliste ?) d’écrire continuellement l’histoire (pour finalement ne rien écrire). Le discours en lui-même est extrêmement classique. Il créé un « nous contre eux », « vous ne pouviez pas le faire mais vous l’avez fait » (David contre Goliath, on l’a déjà vu).

L’année 1960 renvoie elle à leur titre de champion NFL (troisième titre après 48 et 49). On reste dans ce que je disais lors du premier REC sur l’institution-club et la portée historique de celui-ci (comment la construire notamment).

La voix off commence « UN MATCH » alors que Jay Ajavi (n°36) passe dans le tunnel où se trouvent aussi des fans. On voit ensuite un supporter portant un t-shirt « #65 Beware of the Underdog » et agitant une serviette.

Cette voix off ce n’est pas n’importe qui, c’est Bradley Cooper, acteur hollywoodien bien connu et à la fois originaire de Philadelphie et supporter des Eagles (pour lesquels il a déjà effectué des opérations de communication). Il a contribué à ce qui est peut-être une des hype videos la plus « intense » de l’histoire.

Ce numéro 65 c’est Lane Johnson. La raison de sa présence sur ce t-shirt avec un masque de berger allemand et la mention « beware of the underdog » (attention à l’outsider) : tout simplement le fait qu’il soit rentré sur le terrain avec ce genre de match.

Cela remonte à leur premier match de play-off de la saison contre les Atlanta Falcons, où ils étaient (lui et le numéro 56 Chris Long) mis dans cette position d’outsider (le « petit » qui bat le « grand », autre figure imposée du sport) dans les médias.  Ils ont donc enfilé, au propre comme au figuré, leur masque d’underdog.

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« UN MATCH » avec Foles qui passe dans le tunnel avec lumières vertes et fumée, puit d’un survol du stade des Eagles (Lincoln Financial Field) où est étendu un drapeau américain. 

« ILS ADORENT QUAND TOUT SE RÉSUME À UN MATCH » sur l’entrée des joueurs avec feu d’artifices dont la machine est brandée Eagles et de leur chant de supporters « Fly Eagles Fly » . On voit le N°13, Nelson Agholor, en course ; un focus sur la tête d’un joueur casqué ; d’un enfant équipé des pieds à la tête en Eagles avec une serviette ; des supporters ; Long, Rodney McLeod et Malcolm Jenkins en ligne avant l’hymne, se préparant.

Ces lumières, cette fumée, ces feux d’artifices… Est-on à un match où au (1)4 juillet ?

Les États-Unis sont le pays qui a donné corps au concept de sport spectacle (ou de son mot valise sportainment) et plus largement au sport business. Le sportainment consiste à ne plus voir un match comme une simple rencontre entre deux équipes dont le public se déplace pour le seul attrait sportif, mais bien un véritable spectacle (comme un concert, un cirque, etc.) avec force animations et effets visuels (pour une quintessence de cela, se rendre à la U Arena).

Ce mouvement s’accompagne donc de ce qu’on appelle la fan-experience, pendant sportif de l’expérience client avec une réflexion globale partant de la partie pré-achat du billet jusqu’au débriefing de l’événement (pour vous renvoyer vers l’événement suivant dans un deuxième temps, et ainsi de suite). Dans cette réflexion, le branding prend une place prépondérante. Matraquage de la marque à toutes les sauces.

L’hymne américain est lui un sujet très important (voir ce qui s’est passé avec Colin Kaepernick), passage obligé (encore) dans les sports US. Patriotisme exacerbé.

« VRAIMENT ? » au moment du coup d’envoi (ou kick)

« ILS ONT AUSSI DIT QUE NOTRE SAISON ÉTAIT TERMINÉE » avec l’entrée d’un joueur tenant dans les mains le maillot de Jason Peters (blessé) ; le numéro 50 (Bryan Braman) quittant le terrain sur blessure) ; Carson Wentz atterrissant sur la tête pour un touchdown (un essai au rugby) et sortant du terrain par la suite.

« ILS ONT DIT QUE CETTE CHOSE NE SE FISSURERAIT PAS » sur un bruit de cloche et l’image de Liberty Bell ; un fan des Eagles avec sa casquette à l’envers ; et un focus sur le quarterback annonçant une tactique.

Liberty Bell c’est un des symboles de l’indépendance américaine. Fêlée en 1846, elle aurait sonné juste après la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique (c’est mieux en version complète) le 4 juillet 1776. Tous les détails sont disponibles dans le Trésor des Templiers avec Nicolas Cage (ou alors ici).

C’est un des symboles majeurs de la ville de Philadelphie, avec Benjamin Franklin et Rocky évidemment.

« ILS ONT DIT QUE NOUS NE DEVRIONS PAS CROIRE AU PÈRE NOÊL » avec un bruit de commentateur en fond, commentant un lancer de Foles récupéré en touchdown par Alshon Jeffery, puit retournant sur Foles en train de célébrer, puit retournant sur Jeffery célébrant vers la tribune ; un supporter célébrant le touchdown avec sa serviette ; puit une foule entière agitant des serviettes.

Bon. C’est mieux en anglais. Old Saint Nick désigne ici à la fois le Père Noël mais aussi « Old Saint » Nick Foles, quarterback de son état et peut être considéré comme « cramé » à l’époque.

Concernant les serviettes (oui ça a été une grosse interrogation pendant toute cette vidéo) : il s’agit d’une tradition des sports américains. Venue des Pittsburgh Steelers (et de Myron Cope, présentateur radio), la rally towel a été créé pour attirer des partenaires (le démarchage en 1975…). Pour les Eagles, leurs supporters utilisent ces serviettes à partir du moment où l’équipe atteint les play-offs.

« UN MATCH » sur une séquence de lancement de jeu ; Foles qui lance le ballon ; récupéré par Agholor ; un joueur réagissant à une action.

« NOUS AVONS DÉJÀ JOUÉ BEAUCOUP DE MATCHES » avec Patrick Robinson, n°21 en course

« DES MATCHES EMBRUMÉS » match en plein brume ; lancer et réception parfaite.

C’est mieux en anglais : le Fog Bowl est une référence à leur défaite 20-12 contre les Chicago Bears lors des playoffs 88, dans des conditions climatiques extrêmes.

« DES MATCHES ENNEIGÉS » entrée des joueurs sous la neige ; lancer puit touchdown dans la neige.

C’est mieux en anglais : le Snow Bowl réfère à plusieurs matches décisifs s’étant joués dans la neige après refus des équipes de « s’échapper » étant donné l’enjeu. Une hypothèse plus drôle, mais moins pertinente, est que ce « snow bowl » fait référence à l’habitude qu’on les supporters des Eagles à lancer des boules de neige sur ceux qui leurs déplaisent.

« MAIS IL Y A QUELQUE CHOSE DE DIFFÉRENT A QUELQUE CHOSE DE DIFFÉRENT À PROPOS DE CE MATCH » sur un lancer directement en touchdown ; un supporter agitant sa serviette ; un aigle volant dans le stade ; Lane Johnson/n°65 entrant avec un masque de berger allemand ; des LEDs annonçant « Conference Champion » ; un supporter avec une pancarte « Dogs gone wild! Minneapolis, MN. February 2nd – 4th ».

Pourquoi est-ce que c’est si particulier le Super Bowl ?

Être champion de conférence c’est bien. Mais ce n’est rien. Remporter le Superbowl c’est être champion des USA de football américain. On est proche du pléonasme. A dessein. : remporter le Superbowl c’est être champion du monde (c’est d’ailleurs gravé sur la bague de champion, comme en NBA d’ailleurs), ni plus ni moins.

On a déjà parlé serviette et masque de bergers allemands, je vais donc m’attarder sur l’aigle. Ce vrai-faux symbole américain (c’est un pygargue l’emblème des États-Unis) est bien celui de l’équipe de Philadelphie. Dans le cadre du sportainment (1984 à l’aide) faire voler un aigle dans le stade c’est un minimum. A ma connaissance cela se fait déjà en Europe au Benfica Lisbonne et à l’OGC Nice.

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« PARCE QU’IL NE S’AGIT PAS JUSTE DE BOUGER SES CHAÎNES POUCE PAR POUCE » sur un joueur qui attrape le ballon ; la célébration d’un autre ; une course du numéro 29, LeGarette Blount ; une course et un touchdown du numéro 21, Patrick Robinson.

« IL S’AGIT D’AMENER UNE VILLE ENTIÈRE AUX LARMES » avec la suite du précédent touchdown et l’explosion de la foule en réaction. 

« QUARTIER. PAR. QUARTIER. » avec un block défensif de Johnson ; des images de quartiers de Philadelphie vus de haut ; un autre block défensif issu d’images d’archives ; puit de nouvelles séquences défensives.

C’est mieux en anglais : le terme « block » désigne à la fois une action défensive au football américain ET le mot « quartier ».

« UN MATCH » Rodney McLeod/n°23 qui se frappe la poitrine ; Malcolm Jenkins/n°27 qui célèbre ; Timmy Jernigan/n°93 préparant sa défense.

« POUR QUI ? » avec des images d’archives d’un n°20 sortant du terrain en brandissant son casque.

« POUR CEUX QUI SE TIENNENT À NOS CÔTÉS » avec deux joueurs célébrants ; Mills (21) et Darby (31) célèbrent aussi ; un membre du staff félicité ; quelques images d’archives.

« POUR CELUI QUI NOUS A INITIÉ À CELA » parlant du coach actuel, Doug Pederson, qu’on voit embrasser un joueur ; foule en joie dont des images d’archives.

« POUR QUOI ? » des fans et des joueurs célèbrent ; des fans exultent ; les joueurs qui renversent une bassine pleine de Gatorade sur le coach.

On parle ici de la « Gatorade shower ». Il ne s’agit pas ici d’un naming jusqu’au boutiste mais d’un nom de marque rentré dans le vocabulaire courant (antonomase de nom propre), comme frigidaire en France. Cette tradition date de 1984 où un joueur placardisé par son coach avait renversé ladite poubelle sur son coach après avoir réussi l’action du match.

« POUR LA RAPPORTER » joueur avec sa fille essayant d’attraper des confettis suite à la victoire en finale de conférence.

« À LA MAISON » Agholor célébrant un touchdown ; McLeod qui harangue ; Derek Barnett qui tacle un quarterback ; un supporter qui célèbre avec son casque de chantier ; le staff qui célèbre.

« C’EST TELLEMENT PLUS QU’UN MATCH » Zach Ertz/86 qui attrape un ballon ; Dejondre Hall/36 qui tente de sauter par-dessus la défense adverse ; Jeffrey Lurie, propriétaire du club, qui célèbre avec ses joueurs.

« C’EST DE LA SOUFFRANCE » un block défensif ; Nigle Bradham/53 et Barnett qui célèbrent.

J’ai déjà pu m’exprimer sur l’Esprit du capitalisme ici. On touche ici au purgatoire : il faut souffrir pour pouvoir accéder au Paradis.

« C’EST SÛR QUE C’EST FOU » une tactique qui fini en touchdown.

« UN MATCH » supporters et foule qui célèbre.

« C’EST TOUT CE QUE NOUS AVONS » Foles qui harangue la foule ; des supporters qui s’embrassent ; Richard Rodgers/82 et Jeffery qui se félicitent.

« UN MATCH » des joueurs qui célèbrent ; le coach qui célèbre vers la foule.

« C’EST TOUT CE QU’IL NOUS FAUT » Malcolm Jenkins/27 qui se prend la tête à deux mains.

Packshot de fin avec apparition du #FlyEagleFly. La musique se coupe, le logo du club apparait et on entend quelqu’un (Jenkins sans doute, notre speecheur du début) « It’s all we got, it’s all we need ». 

La coupure du son permet une fois encore de capter notre attention et la focaliser sur ce « It’s all we got, it’s all we need » (C’est ce que nous avons, c’est ce dont nous avons besoin). Il semblerait que ce slogan soit utilisé par l’équipe elle-même, comme le montre cette vidéo.

Ce slogan est relativement intelligent car il est décorrelé des performances de l’équipe. Si on possède ce dont on a besoin (et pas plus) : on gagne parce qu’on en a besoin, on ne gagne pas parce qu’on n’en a pas besoin (on est au dessus de ça).

NFL: Dallas Cowboys at Philadelphia Eagles

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