Louise Express #2 : La tête dans les nuages

Après quelques mois de jobs de merde, le covid, le confinement et pas mal d’autres péripéties j’ai pu profiter de vraies vacances. 48 jours sur la route, les chemins et la mer. 48 soirs aux cours desquels j’ai, presque sans exceptions, écrit mes pensées, mes émotions et mes opinions dans un carnet. Je livre ici ce carnet, dans un ordre géographique, avec ses imperfections et ses pépites. Bienvenue à bord de la Louise.

-Te Anau Lakeview, mardi 20 octobre, jour 9, 1376km du départ-

Milford Sound quelle claque ! Après m’être levé aux aurores et roulé une heure et demie vers Te Anau, j’ai eu le droit (je l’ai acheté un) de participer à un tour à destination de Milford Sound. C’est un fiord situé dans le Fiordland (merci Cpt. Cook) que les maoris appellent « le pays brumeux », et une destination touristique importante. J’ai pris part à une croisière dans celui-ci, où la Nature nous rappelle qu’elle est plus grande et plus puissante que nous.

Ce fiord a notamment une des plus grandes falaises au monde, en plus d’être entouré de montagnes, de crouler sous les cascades et d’avoir une faune et une flore unique. Mais ce qui m’a le plus frappé c’est la dureté de cet endroit. Seuls 5% en sont accessibles. On y retrouve des espèces pensées disparues. Il y a des chutes d’arbres (!) – les hêtres qui composent la majorité de la forêt absorbent des quantités folles d’eau jusqu’à moisir de l’intérieur – il y pleut beaucoup, il y neige (avalanches) souvent et cela représente un défi logistique quotidien de maintenir une route en place. Sans parler du simple fait d’avoir construit la route, dont un tunnel creusé majoritairement à la pioche et à la barre à mine (à la dynamite un peu aussi). L’Homme détruit, la Nature détruit, et on recommence.

Grâce au guide, Jeff, j’ai appris beaucoup de choses : sur les keas, des perroquets des montagnes qui peuvent manger des moutons, les disparus faucons néo-zélandais qui attaquaient les enfants maoris (à la suite de la disparition de kiwis de 3.5m, chassés par les mêmes maoris), l’amadou local, les lieux, les dates, les personnes qui ont fait Milford Sound. Evidemment la pression touristique pré-covid était extrêmement forte, dans un lieu où la sécurité prime (souvent) sur le tourisme. La ville de Te Anau dépend beaucoup de cela (sa population triple en été pour Milford Sound et le Kepler Track) et, si le covid n’était pas suffisant, la région à souffert d’un terrible ouragan en février dernier avec des pertes humaines et matérielles importantes. La chasse est aussi un mode de vie à part entière avec des histoires d’opossums, de cerfs, de keas, etc. Politiques d’emploi au détriment de la Nature car tous les animaux précédemment cités ont été importés volontairement ici (à part les keas). On casse et on essaie de réparer en cassant encore.

Et c’est cette recherche de l’équilibre qui produit ici un esprit, des récits, qui m’ont frappé. A les entendre et à les imaginer. Et même si je pense que la Nature gagnera sur le long terme, nous sommes en train de la détruire sur le court terme. Je m’attriste un peu d’avoir participé à ce culte de la marchandise et son héroïsation mais avais-je vraiment le choix ?

-Luxmore Hut, mercredi 21 octobre, jour 10, 1376km du départ-

3 heures. Il m’aura fallu 3 heures pour faire les presque 14km qui séparent le parking du Kepler Track de la première hut de ma randonnée. Des 200 mètres du lac, nous sommes allés moi et Sofia, une Italienne rencontrée sur le parking, et le jour d’avant sur la croisière de Milford Sound, et dans le même camping – jusqu’aux 1100 de la hut. Et là, comme avec toutes mes dernières rencontres, elle s’est allée à la hut suivante (elle fait la rando en 2 jours). Elle était sympa. Petite blonde, on doit avoir le même âge, diplômée en œnologie qui s’est installée en Nouvelle-Zélande pour pratiquer loin des machos (véridique). C’est plutôt intéressant ces rencontres entre inconnus. On se raconte nos vies, le pays (enfin juste la bouffe) qui nous manque, nos espoirs pour le futur… On ne se connaissait pas mais en quelques heures c’est un peu comme si on était devenus potes. Mais voilà, c’est fini, au revoir la piémontaise.

La marche en elle-/même a été plutôt quelconque, on passe dans les forêts, désormais connues, du Fiordland, jusqu’à 800/900m, altitude à laquelle la forêt se stoppe. Littéralement. On arrive alors à mesurer l’élévation réalisée, la vue sur les lacs Te Anau et Manapouri, les sommets qui désormais apparaissent si proches et si lointains. On se sent fort mais petit, comme une fourmi.

Du coup la fourmi elle est arrivée dans les premiers au refuge, de choisir son lit (superposé, lit du bas) et d’aller une petite heure en avant sur le chemin pour monter en haut du Mt Luxmore, enfin presque. Un peu avant, sur le chemin du pic, trois keas taillaient une bavette. J’ai préféré ne pas les déranger, même s’ils me survoleront quelques minutes plus tard en rangs serrés. Derrière moi, les nuages s’étaient assombris et de la neige commençait à arriver sur le sommet. J’ai rebroussé chemin.

-Les fameux keas-

Plus tard dans la journée, alors que le refuge se remplissait petit-à-petit, faisant craindre à la gardienne d’atteindre les 72 personnes de la veille (pour 50 lits et une seule toilette), j’ai enfin pu commencer réellement Généalogie de la morale de Nietzsche dont je déteste de plus en plus la pensée en cela qu’elle est responsable du nazisme (je la tiens pour telle du moins), cependant il y aurait des choses à découvrir, il parait, donc je vais m’y filer. La journée marchée s’est terminées sur la visite d’une grotte aux roches blanches, trop fréquentée visiblement (nombreux débris de roche et stalactites sur les côtés).

Soirée. Visite d’un kea (mais laissez-les tranquilles) et couché de soleil rose pastel et bleu roi. Magnifique. Et il parait que je fais la plus belle partie demain…

-Iris Burn Hut, jeudi 22 octobre, jour 11, 1376km du départ-

Après une nuit pas si bonne, réveil avec le soleil et départ direction Iris Burn. Et là, après avoir traversé un nuage au du Mt Luxmore, j’ai pris claques sur claques par le paysage. Chaque tournant dévoilait une nouvelle vallée, un nouveau sommet, un bout de lac, une alliance des trois. Il y a ici le lac le plus grand d’Océanie en volume (700m de profondeur), tentaculaire dans sa manière de creuser des vallées aux pieds des montagnes. Et pourtant ce géant est relégué à un rang inférieur (physiquement et symboliquement) lorsqu’on est là-haut. Les crêtes sont battues par les vents, rocailleuses, noires et vert-bleues, avec des toufasses du Rohan un peu partout et une végétation rase. C’est dans ce décor que j’ai été accompagné par un petit oiseau au ventre tout blanc et aux ailes et dos gris cendre (peut-être un rororiri ; oiseau pourtant rare). Cet oiseau, appelons le Marcel, m’a accompagné jusqu’à la forêt, signe s’il en est d’une redescente en altitude, avant de disparaitre comme il était venu.

Passer du grandiose des paysages montagnards à la délicatesse fine des forêts est un exercice en soi. Remettre à niveau les contrastes. Changer de colorimétrie. Mettre à jour. Cette forêt est un particulière dans le sens où sa partie supérieure est de couleur vert/blanc et non vert feuille (Legolas lol). Cela lui donne un aspect fantomatique, brumeux, comme si deux mondes y cohabitaient, à la fois vivant et mort. C’est ce qui rends les forêts du Fiordland si particulières : elle est sur le fil. Constamment ici la Nature se détruit pour se reconstruire plus tard. J’ai vu les dégâts d’une chute d’arbres de 1980 et quelques arbustes pointent timidement leur nez. Repasser dans cette forêt m’a permis d’utiliser mes nouvelles connaissances : amadou, avalanches d’arbres, le hêtre et d’autres arbustes… J’aimerais en apprendre plus sur ce (nouveau) monde à découvrir. Je me sens ici l’âme d’un explorateur.

-Une cicatrice dans la forêt-

Demain, après une trentaine de km en plat/descente que je devrais avaler en 6 heures et quelques, je dirais au revoir à ce nouveau monde. Un peu à regret je l’admets. Mais il faut parfois redescendre sur le plancher des vaches à un moment.

C’est passé vite, trop vite. Des moments insouciants où payer l’essence, garder un œil sur le calendrier, toujours chercher des infos sur la route, etc. Tout ça ne m’intéressait plus. J’étais libre de soucis. Libre de ressentir mon corps. Libre d’écouter les éléments et de m’émerveiller. Libre temporairement mais libre quand même.

C’est cette liberté insouciante – chaude, tapie quelque part, présence rassurante – que j’aimerais retrouver tout au long de ce voyage. Mais on verra ça demain.

-Te Anau Lakeview, vendredi 23 octobre, jour 12, 1376km du départ-

Fini la randonnée. Enfin ! Cette dernière journée a été si longue. Globalement la route serpente vers le bas de la montagne et le lac Manapouri, dans une ambiance digne de Jurassic Park (mais en miniature, rapport aux fougères). Les kms passent inexorablement, le temps aussi. Beaucoup d’arbres couchés sur la route et la boue, inhérente aux marais et zones humides qui font la jonction entre les bosquets, ralentissent la progression. Ceci est d’autant plus frustrant que le temps avance et qu’on a l’impression de ne jamais pouvoir arriver.

Tout se ressemble et le temps se bloque.

Je pensais hier que les bois sont plus difficiles à apprécier, car plus « fins » dans leur construction. C’est plutôt vrai je trouve, et le sentiment de « déjà vu » s’installe rapidement malgré des chants d’oiseaux extrêmement différents.

Sur la route qui borde le lac Manapouri, j’ai rattrapé un trio de hollandais qui s’en allait récupérer une voiture à un parking tout proche (1h30 avant le parking où j’étais arrivé). Au fil de la discussion, ils me proposent une place. Opportunité très alléchante étant donné la longueur de la journée et la frustration qui s’accumulait, enlèvent tous les plaisirs à la marche. J’ai donc accepté et nous avons fait le chemin ensemble. Je ne connais pas leurs prénoms, ils ne connaissent pas le mien non plus et m’appelleront « the French » tout le trajet. Nous avons eu la chance de rencontrer un des bénévoles qui s’occupent d’entretenir les pièges à furets/rats/hermines (plus d’une centaine rien que sur cette portion) dans le but de réduire leurs populations et faire revenir les oiseaux dans ce bois (lancé en 2007, le projet commence à porter ses fruits). On a eu une démonstration sur un piège.

La fin de la route s’est passée sans encombre. Ils m’ont raccompagné à la Louise. Adieux. Retour à la civilisation.

Arriver aussi tôt c’est essayer de redescendre de son nuage pour des choses simples : manger tranquillement, profiter d’un café, prendre une bonne douche, laver la voiture… Pourtant impossible de descendre, je suis toujours là-haut, espérant y retourner aussi vite que possible.

PS : premier restaurant et premières bières en douze jours de voyage)

-12 Mile Delta, samedi 24 octobre, jour 13, 1568km-

Après une tentative de grasse matinée avortée, j’ai continué à prendre mon temps en faisant mon check-out à 10h pile (heure maximale). Là-haut les montagnes sont calmes, libres de tous nuages et je ne peux m’empêcher de penser à ce qui s’y trouve, au plaisir que j’y ai pris. Mais il est pourtant l’heure de partir, direction la renommée Queenstown, station de ski et de montagne en général, au milieu des Alpes du Sud.

La route en elle-même n’a rien de particulier me permettant de redescendre de ma découverte du Fiordland et de sa frontière avec le Southland (Te Anau/Kepler Track). Ici ce sont principalement des valeurs masculines (patriarcales ?) qui sont (que j’ai) exaltées. Je ne sais pas si c’est bien, en fait je sais que ça ne l’est pas mais bon… Mais j’ai le sentiment que c’est cela qui donne du sel, pour moi au minimum, à la Nouvelle-Zélande : ce sentiment de conquête et de découverte de terres inexplorées et inhospitalières. Je dis sentiment là où je pense sensation car l’Homme a conquis cet espace, l’a modelé et l’a domestiqué selon ses envies et ses besoins. Rien de tout cela n’est vrai mais on est poussés à le penser vrai, à être cause et conséquence de nos actes. Cela me rappelle du Pierre Bottero, à travers sa poésie marchombre (des haïkus inspiré par) : « le seul monde qui mérite d’être conquis est celui que délimitent notre peau et nos pensées. Les autres existent pour être visités. Simplement visités. ». Premièrement c’est de la philo et pas de la poésie marchombre et deuxièmement cela me renvoie à mon statut de nomade temporaire, de visiteur exclusif. Et c’est bien mieux comme ça.

Queenstown en elle-même est une caricature de Genève et de parc d’attraction géant : Louis Vuitton, Veuve-Clicquot et autres marques de luxe côtoient des touristes de masse venus à la montagne se changer les idées (et faire du powerboat, et payer des cafés trop chers, et des restos trop chers, etc.). Très vite lassé pour ces villes à consommer sur place, je suis allé au Visitor Centre pour avoir des infos sur le Routeburn Track, une grande randonnée de montagne (6 jours aller-retour) partiellement fermée. Partiellement ouverte aussi. Ouverte jusqu’à la moitié. Cela voudrait aussi dire repenser mes plans pour la région…

Banco !

-Les vrais savent ce qu’ils s’est passé ici…-

 -25 Mile Stream, dimanche 25 octobre, jour 14, 1609km du départ-

Journée réflexive aujourd’hui. Faire ou ne pas faire le Routeburn ? En combien de temps ? Quel impact sur mon programme ?

Inconsciemment je veux le faire. J’ai même annulé le Ben Lomond Track (1300m de dénivelé en 3h, en partant à 3h du matin pour être en haut au lever du soleil) dans le but de me reposer aujourd’hui.

En combien de temps ? Deux jours c’est faisable. Oui, en partant mardi. Ah. Ça ne rentre pas dans le programme. Trois jours en commençant lundi après-midi que les conditions soient bonnes. Allez c’est parti.

Je prends sur une journée de repos que je déplace au lendemain, ça ne change rien à mon nouveau programme (retour à Christchurch une journée en avant), rédigé hier. J’ai besoin de repos. Cette vie de mouvement quasi-perpétuel, au confort plus que spartiate, avec finalement assez peu de vrai repos (j’ai perdu mon rythme lié au soleil après Dunedin) est parfois épuisant, et les moments pour souffler sont rares.

Le plan pour l’île du Nord prendre cela en compte en essayant de garder un rythme qui avait fait de Dunedin une réussite. Encore faut-il arriver au bout des 10 jours qui me séparent de Christchurch. Ça va le faire.

J’ai passé l’après-midi à préparer mentalement mon sac, la suite de mon périple, écrire des cartes… Je suis aussi monté sur la colline de Queenstown mais rien de très fou. On est vraiment à Genève ici, rien à faire si tu ne payes pas. Rien à part des randos mais avec le Routeburn demain mieux valait éviter. Le calme avant la tempête. Tellement hâte de retourner là-haut ! Je ne suis peut-être même pas encore redescendu.

A la nouvelle frontière.

-Routeburn Falls Hut, lundi 26 octobre, jour 15, 1651km du départ-

C’est reparti. Levé au bord de ma plage, les sommets alentours pleins de nuages. Direction Glenorchy pour une partie de la matinée. Passer le temps. Passer la pluie et le brouillard. Cette ville n’a rien de particulier hormis ses randonnées et son lagon (perdu dans la brume). Avant c’était un endroit où vivaient des bûcherons, des mineurs (or et autre), des éleveurs… La campagne quoi. De ce temps passé ne subsiste qu’un quai, qui a vu passer tous types de navires à vapeur. Maintenant ça à l’air fini et bien fini.

-Entre deux gouttes-

La rando en elle-même est plutôt belle. On monte dans la montagne doucement. A côté du chemin, en contrebas, passe la Routeburn, une rivière de montagne alimentée par les neiges fondues et de nombreuses cascades, conséquences de la pluie de la veille. Cette rivière est d’une couleur vert-bleu clair, comme les cailloux qui parsèment la route. C’est beau. La rivière taille à travers la roche son chemin, et parfois même à trouver la route. Il faut enjamber.

Continuer à avancer, à monter. Maintenant c’est facile. Se concentrer sur le visiteur que je suis. Franchir les limites de mon corps et de mon esprit. Dans ce cadre, comment réussit-on une randonnée ? Peut-on seulement la réussir ?

Mon sac doit-être plus lourd que pour le Kepler Track. Mais, mieux équilibré, il me pèse moins. Le peu de temps de préparation m’a poussé à prendre de la nourriture cuisinée (et pas lyophilisée). Le reste de l’équipement est de l’ordre du strict nécessaire. Je cherche la perfection, ma perfection, dans le fait de randonner : me sentir bien, pas trop lourd, en sécurité, ne pas me blesser ou tomber malade. Je ne dois pas être très loin. Et pourtant très éloigné.

Le gite est à la limite de la forêt, perché sur une falaise, le vide en dessous et des cascades à côté. J’ai appris le feu au charbon de bois, après avoir passé 1h et demie à avoir essayé avec du bois. Qu’importe. J’essaie, je rate, j’apprends. Je me sens bien comme ça. Cette recherche de « geste parfait » m’a rappelé Le dernier samouraï où ces derniers pratiquent cela. Il faudrait que je me penche sur le bushido, ce code d’honneur du guerrier qui a fait leur renommée. Demain.

-MacKenzie Lake Hut, mardi 27 octobre, jour 16, 1651km du départ-

L’attente. Au réveil, perdu dans les nuages, il n’était pas question pour moi de partir tout de suite. Il a donc fallu attendre et tuer le temps. Ça passe par ralentir son petit-déjeuner, aller se recoucher en espérant que deux heures plus tard le soleil soit là et que les nuages aient fuis. En vain. J’ai lu, Nietzsche toujours, meilleur vers la fin que le début d’ailleurs. Cette pensée est une pensée de la domination, domination par la fatigue de l’Homme et des conventions. Domination par ce qui aliène les autres mais plus nous. Domination par la poursuite de la volonté de puissance, ce concept de « pourquoi l’Homme fait ». Je n’aime pas trop, je dois être un faible pour les Nietzschéens. J’ai fini Nietzsche.

J’ai mangé, pour garder du carburant dans la machine. Et quel carburant ! Mon impréparation commence à atteindre ses limites nutritives. Mes barres de chocolat ont la texture du carton. Ma salade riz-poivron-oignon rouge aurait mérité de la viande à la place de l’oignon. Mes oléagineux, sans cranberries, font leur office sans plaisir ajouté. Mes petits roulés pain/beurre sont bons, mais seraient infiniment meilleurs avec un bon café chaud pour les tremper dedans. Heureusement que je ne suis pas déçu par les fruits que j’ai apportés. Et tout à ça pèse sur le moral. Mon ventre est plein mais ma tête est vide de saveurs. Même en 14-18 ils offraient du café pour arrêter les désertions… Je déserterais demain heureusement. Entre 5 et 6 heures de marche, une petite heure de voiture et je serais de retour à Queenstown. J’aimerais une bière, un burger, une pizza mais dans ma tête on me dit « burrito et nachos ». Si seulement.

Physiquement tout va bien. Je n’ai mal qu’à la tête (mauvaise nuit), le reste est opérationnel. Avoir un contenu de sac calé et qui ne se balance pas de gauche à droite fait la différence. A garder pour la prochaine fois. Ma tête est pleine de belles images : d’un lac alpin coincé dans un cirque de montagnes rocailleuses, d’une montagne enneigée aperçue entre deux collines, puis toute la chaîne qui se dévoile, enneigée et gigantesque, la petite rivière bleu-vert qui s’écoule loin en bas mais dont on devine la force, ce nouveau lac alpin, plus vert, au pied duquel je vais dormir, au pied d’un pic isolé et enneigé. C’est pour ça que je suis venu en partie. Je l’ai maintenant. C’est là.

Au-delà des photos prises, il ne faut pas que j’oublie le chemin parcouru : les personnes qui m’ont aidées, les jobs (parfois de merde) que j’ai faits, les « sacrifices », la « prise de risque », etc. C’est facile à oublier quand on est là-haut. Ça m’a demandé un effort. Ça me rend plus fort. Merci.

-Nomads Backpackers, mercredi 28 octobre, jour 17, 1722km-

Se relever tôt le matin. A l’aube. A l’heure ou rosit la montagne. Je ne sais plus de qui est cet emprunt (« demain/dès l’aube/à l’heure ou blanchit la campagne/je partirai/vois-tu/je sais que tu m’attends/… ») mais il symbolise bien mon début de journée.

Levé avec le soleil, à la fraiche, pour les 20km et quelques de la journée. Depuis le début de mon périple je vis avec le soleil et j’aime ça. On est rarement dérangé à cette heure-là. Le soleil ne tape pas. Personne ne nous réveille de manière impromptue. On apprécie les dernières fraicheurs de la nuit et son calme. Personne sur la route pendant longtemps. Et surtout : on constate les changements de lumières, de formes, d’ombres, de couleurs. Le jour chasse doucement la nuit à mesure que l’on avance, comme si je chassais moi-même la nuit par ma présence. Que moi, était le berger qui ramenait la nuit dans son champ. Mais je ne suis pas berger. Je marche juste à l’abris de la nuit qui part et qui du jour qui viens. Et je suis bien comme ça.

La marche en elle-même a été très agréable. Plutôt courte au demeurant (5h15) mais là n’est pas l’important. Je le fais à mon rythme. J’enregistre le décor et les sensations à mesure que j’avance. Certains s’arrêtent pour cela mais je n’en ressens pas le besoin. Je suis de passage. Je passe.

Descendu de mes montagnes pour Glenorchy et la civilisation (internet), je découvre une ville à l’entrée d’un lagon beaucoup plus agréable (non qu’elle devienne plus intéressante). Mais pas le temps de m’arrêter : Pierre arrive à Queenstown pour l’apéro et Léa est arrivée hier, on doit se voir et j’ai plein de choses à faire avant qu’ils arrivent. L’hôtel est plutôt sympa, central et propre, et je retrouve, pour la première fois en 17 jours, le plaisir d’un vrai lit.  Ça fait du bien. Ça aurait été mieux d’enlever les poils de ferral goat (je ne connais pas l’équivalent français) de ma veste – je les avais trouvés sur le chemin et comptait en parler au ranger d’une des huts sur ma route mais j’ai oublié- histoire de ne pas pourrir une partie de ma lessive. A $4 la machine c’est mon van qui servira de séchoir.

Tout est fini. Je suis prêt. Plus qu’à rejoindre Pierre au Beech Tree, bar à bières artisanales du centre de Queenstown, pour une réunion que j’attends avec beaucoup de joie.

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