Louise Express #4 : Wellington, là où va le vent

Après quelques mois de jobs de merde, le covid, le confinement et pas mal d’autres péripéties j’ai pu profiter de vraies vacances. 48 jours sur la route, les chemins et la mer. 48 soirs aux cours desquels j’ai, presque sans exceptions, écrit mes pensées, mes émotions et mes opinions dans un carnet. Je livre ici ce carnet, dans un ordre géographique, avec ses imperfections et ses pépites. Bienvenue à bord de la Louise.

-Evans Bay Marina, jeudi 12 novembre, jour 23, 2904km du départ-

Bien arrivé à Wellington sur l’île du Nord. Après une matinée tranquille à ne rien faire (littéralement) j’ai pris le ferry de 14h15 en partance de Picton. Après près de 11 mois passés sur l’île du Sud, je change d’île pour de nouvelles aventures, avec l’espoir d’y trouver une atmosphère et des paysages différents. C’était comme prendre le ferry pour l’Angleterre mais en plus petit et en plus court.

Après une petite heure sur le pont supérieur à contempler le Queen Charlotte Sound (et mesurer par la même ma randonnée passée) en regardant des dauphins sortir de l’eau de temps en temps, je suis retourné à l’abri des entrailles du bateau (10 ponts), pour lire et me reposer.

Parti en retard je suis donc arrivé en retard. Après avoir appris que la marina de Wellington avait beaucoup de places libres je m’y suis dirigé pour rejoindre Manon et Henrik pour manger le soir. L’occasion de voir ce qu’il y avait à faire dans le coin : musées, parcs et studio d’effets spéciaux en dur. Y’a plus qu’à.

-Evans Bay Marina, vendredi 13 novembre, jour 24, 2911km du départ-

J’aime bien Wellington. Même si cela fait bizarre de se retrouver dans une ville peuplée et active, les petits commerces (bars et restaurants principalement) dans des petites rues (pas de grandes avenues haussmanniennes) m’ont beaucoup plut. Je reste ici encore demain et j’ai hâte de découvrir un peu plus la ville. J’ai passé la majeure partie de ma journée au musée et dans le centre-ville, côté front de mer. Ce musée, le Te Papa quelque chose, est gigantesque.

Il y a tout : nature, séismes et volcans, culture maorie et des pacifiques, arts contemporains ; mais celle qui m’a le plus plu est celle sur la Bataille de Gallipoli, bain de sang de 14-18 pour les australiens et les kiwis (ANZAC) par les Turcs ottomans. Bien aidé par des reproductions géantes de soldats, dont les histoires personnelles dépeignent la guerre sale qui s’y est déroulée : les morts et les blessés, l’équipement individuel, l’organisation de la vie dans les tranchées, la météo… Je n’ai pas trop envie de rentrer dans les détails (Empire Britannique, jeu des alliances, qui meurt à la guerre) mais je trouve que c’était un bon basculement dans la réalité de la chanson « The band played waltzing Mathilda » de The Pogues.

Dans un registre plus guilleret, demain je devrai faire la Weta Cave. Et je dois annoncer à Sherry que, dans l’état actuel des choses, je ne peux pas faire de demande de visa. J’espère que ça ne va pas trop mal se passer. J’espère.

-Wellington Central Park, samedi 14 novembre, jour 25, 2936km du départ-

J’ai bien dormi. Passé une certaine heure mon corps s’est éteint tout simplement, pour se rallumer le lendemain avec le soleil. 6h du matin. Trop tôt. 7h. Trop tôt. J’ai passé une heure et demie sur mon téléphone à niaiser. Je passe de nouveau beaucoup trop de temps dessus. La semaine complète avec du wi-fi à Christchurch n’a pas aidé.

Je pense aussi qu’inconsciemment je stresse, à propos du voyage, de l’île du Nord, de la vente de mon van, de mon annonce du jour à faire à Sherry… Hier soir je me suis écrit les raisons qui font que je ne vais pas pouvoir faire de demande de visa.

Financière d’abord, on revient toujours à cela dans le capitalisme de toute façon, je n’ai pas les moyens de prouver que je peux m’auto-suffire pendant un an. Mentalement aussi, déchiré que je suis entre mon amour ressenti de Sherry et le manque de ma famille et de mes amis. Mon ego joue aussi, pèse puissamment (plus que je ne voudrais l’admettre) dans la balance : j’ai 25 ans, l’impression de n’avoir rien fait, de ne pas encore être indépendant, d’avoir des projets pleins la tête mais pas le mode de vie adapté, etc. etc. La Nouvelle-Zélande ne semble pouvoir m’offrir que des jobs de col bleu, ce qui n’est pas envisageable.

Un an plus tôt j’aurai peut-être eu des restes de vision romancée de la vie ouvrière. Mais plus maintenant. Ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu dans ma tête, que je vis toujours dans mon corps (mes doigts striés et crispés), a chassé cette vision. L’ouvrier est un héros. Accepter la mise au pas de son corps et de son esprit dans le rapport salarial du capitalisme c’est se sacrifier pour que la société industrielle ne s’effondre. Aliéné mais pas récompensé (le patron est libéral jusqu’au point où il devient autoritariste). J’ai toujours eu, autant que je puisse le tracer, le choix d’autre chose. J’ai été préparé pour autre chose. Conditionné. D’où le blocage egotique (l’affect de mon conatus… ma volonté de puissance…) que j’expérience.

Bref. Je, nous, devons patienter. L’objectif est clair à mon retour en France : trouver un travail, faire de l’argent (challenge secondaire : faire converger les deux avec mes valeurs…) et me faire un nom/une réputation/une expérience monnayable en France ET à l’étranger. Dans tous les cas, le temps, la patience et la détermination à se procurer les moyens de nous réunir seront critiques dans le cas où notre relation tienne le choc de la séparation et l’absence de l’éloignement.

C’est vrai, et moi et Sherry sommes d’accords là-dessus, que cette relation est allée très vite et de manière très intense. Peut-être trop vite d’ailleurs. J’en ai aussi oublié les quatre ans de différence d’âge entre nous. Las.

Dans un registre plus léger nous avons (moi, Manon, Henrik, Max et Felix) visité le studio Weta Workshop, à l’origine des costumes, armes, effets spéciaux… de très nombreux films : Braindead, Narnia, le Seigneur des Anneaux, Avatar, Kingdom of Heaven, Tintin, etc. C’était super intéressant de pouvoir voir tous leurs savoirs (maquettes, forge, costumes…) et leur processus créatif. On apprend aussi beaucoup de petites anecdotes de tournage qui montrent qu’au-delà du matériel de base (ex : livre) ce sont finalement des passions bien personnelles qui se jouent dans les choix scénaristiques.

Pour finir, house party le soir, Te Aro Valley (un quartier pauvre et ancien de Wellington) dans une maison typique NZ (les mêmes que j’avais vues à Dunedin) qui m’a rappelé Brest et toutes les villes/agglomérations secondaires où nous, « la jeunesse » (mdr), vivote, s’amuse, se débrouille, se drogue, a des projets et influence le style. Parce qu’ici le style est présent, loin des HiVis du Sud.

Wellington à ton flow.

-Henley Lake, dimanche 15 novembre, jour 26, 3251km du départ-

Après deux jours et trois nuits à Wellington mon plan était de partir direction la côte est. Une histoire d’autonomie-essence (la Louise peut couvrir entre 360 et 400km avec un plein) m’a fait entrer dans le Wairarapa pour faire une rando aux Putangirua Pinnacles (ça ressemble à la Camargue et ça a servi de décor pour LoTR 3), retourner à côté de Wellington (Lower Hutt où j’ai aussi cherché un lieu de tournage de King Kong, démonté depuis) et repartir une bonne fois pour toutes pour le Wairarapa.

Pas grand-chose à dire sur la route. Cette partie est très verte, pleine de champs et heureusement qu’il y avait la radio. Sinon Masterton est plus grande que prévue mais très calme. Je vais dormir à côté d’un lac dans un freecamp 5 étoiles : il y a une douche chaude couverte et gratuite. Ça fait du bien avant de retourner à des conditions plus spartiates dans les jours qui viennent.

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